Le Blanc Scourchet

Ivo de Lessinis

 

Le Blanc Scourchet

 

IV.31

La lune au plein de nuit sur le haut mont

Le nouveau sophe d'un seul cerveau l'a vu

Par ses disciples et immortel semond

Yeux au midi les siens mains corps au feu.

 

D'une manière générale, pour tout texte écrit dans le style de l'énigme, il faut comprendre le sens des verbes en inversant les temps de conjugaison : un futur doit être lu comme un passé, tandis qu'un passé, comme c'est le cas ici, doit être lu comme un futur.

 

« Au plein de nuit » se comprend comme « minuit plein », le moment où les ténèbres sont les plus obscures.

 

Depuis le Site du Blanc Scourchet, à minuit de l'heure locale, la pleine lune se situe exactement au sud, dont cet astre nocturne indique la direction. Dans ces conditions, cet astre nocturne se trouve exactement au-dessus du Mont de Mainvault, qui constitue une caractéristique remarquable du paysage, car il domine tout le Pays Vert ; de son sommet, la vue vers le sud englobe la Vallée de la Dendre, comprenant la Ville d'Ath et les villages environnants ; l'ancienne route romaine qui reliait les sites romains de Bavay (au sud) et de Velzeke (au nord), dite « Chaussée Brunehaut », et, allant de l'un à l'autre traverse le Hameau de la Pierre, présente une trajectoire pratiquement rectiligne, de sorte que cet axe de circulation antique contourne le Mont de Mainvault avant de reprendre son orientation normale.

L’origine de ce toponyme proviendrait de « Mansio » et « Vallum », qui signifieraient le fort de l'étape ; en effet, pour protéger les voies de communication, les romains avaient installé des étapes fortifiées à distances régulières : on peut penser que le Mont de Mainvault, avec sa situation élevée idéale, a abrité une semblable fortification. Les chaussées étaient reliées entre elles par des voies secondaires (diverticula) ; ainsi, de la chaussée de Bavay à Bruxelles, se détachait à Mons une telle route (diverticulum) qui, passant par Nimy, Erbault, Chièvres et Ath, rejoignait la route de Bavay à Gand au camp romain de Mainvault. Un autre camp fortifié se situait dans l’actuel Hameau du Puvinage, où un terrain marécageux permettait d’éviter d’être surpris par l’ennemi.

 

Au sens étymologique provenant du grec, un philosophe est un ami de la sagesse. Le « sophe », est naturellement tiré du grec « sophos », qui signifie le sage, le savant, l’initié, qui provient d’un autre mot grec « phos » : la lumière ; bref, le « sophe » est un savant qui a bénéficié d’une initiation : une influence spirituelle partagée dans le secret ; dès lors, il a reçu la lumière de la connaissance, qui lui a procuré la sagesse.

 

Ainsi, le deuxième vers se comprend de la manière suivante : le nouveau sage ou le nouvel initié, qui a pu percer le secret du texte énigmatique du poème et découvrir l’existence du trésor, comprendra la chose d'une seule pensée, d’un seul mouvement d’intelligence, bref : il verra clair immédiatement.

 

« Par » est à lire comme « por », c'est-à-dire : pour ; il est vrai que la différence ne saute pas toujours aux yeux dans les vieux manusrits. « Et » est à lire comme « Est ». « Semondre » signifie : avertir, inviter, convoquer, ordonner.

 

Le troisième vers signifie que, pour ses disciples, il est à la fois un immortel avertissement, une éternelle invitation, une perpétuelle convocation et un ordre intemporel. Il convient de bien garder à l’esprit en même temps ces quatre significations complémentaires.

 

Les « yeux au midi » regardent vers le sud, qui est la direction indiqué par le soleil, l'astre diurne, au plein de jour, à midi plein, c'est-à-dire, pour le lecteur médiéval, dans la direction du Royaume de France.

 

Le mot « mains » provient du verbe « maindre », qui signifie « rester » (c'est le masculin pluriel du participe passé), que rappelle le mot « manoir ».

 

Les yeux tournés vers le Royaume de France, les siens restés le corps au feu. Peut-on trouver une allusion plus transparente à la manière dont les frères du nouveau sage ont été mis à mort ? Les siens restés le corps au feu, ce sont les templiers qui ont été livrés aux flammes du bûcher, qu'il s'agisse des cinquante quatre templiers parisiens, cinquante quatre suppliciés le 12 mai 1310 sur l'ordre de l’Archevêque de Sens, Philippe de Marigny, ou de Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay exécutés le 19 mars 1314 sur l'ordre du Roi de France, Philippe le Bel.

 

 

 

 

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